Par Sévy Akongo
Du 17 au 21 novmebre 2025, Douala a accueilli un atelier régional de formation consacré à la professionnalisation des transporteurs routiers en Afrique centrale. Organisé dans le cadre du Programme d’Appui à l’Intégration Régionale et à l’Investissement en Afrique Centrale (PAIRIAC), financé par l’Union européenne, cet atelier s’inscrit dans une stratégie de modernisation profonde du secteur, considéré comme un levier essentiel de l’intégration économique régionale.
Un secteur clé, longtemps fragilisé
Le transport routier demeure le principal mode de circulation des marchandises entre Douala, Libreville, Brazzaville, Bangui et N’Djamena. Pourtant, il souffre d’une série de contraintes : prédominance de l’informel, faiblesse des capacités techniques, litiges commerciaux, difficultés d’accès au financement, insuffisances en matière de sécurité routière et d’entretien préventif.
L’atelier de Douala a ainsi rassemblé cinq groupes d’acteurs essentiels :
- Transporteurs semi-professionnels,
- Syndicats et associations affiliés à la fetrans-ceeac,
- Dirigeants d’entreprises de transport,
- Formateurs et points focaux nationaux,
- Représentants institutionnels.
Une formation centrée sur les bénéfices concrets pour le transporteur
L’approche pédagogique du PAIRIAC rompt avec les modèles classiques. Elle place le transporteur au cœur du processus, en adoptant une logique de « bénéfices vécus » : comment la formation transforme-t-elle réellement son travail, ses revenus, sa sécurité et son avenir professionnel ?
Cette orientation s’est déclinée en plusieurs axes :
1. De la gestion intuitive à la gestion stratégique
Les participants ont appris à calculer leurs coûts réels, évaluer leurs marges, fixer des tarifs rentables et identifier les pertes invisibles. L’objectif est clair : passer du statut de simple conducteur à celui de chef d’entreprise du transport.
2. De la méfiance bancaire à la crédibilité financière
Un module spécifique a été consacré à la préparation de dossiers bancaires solides, essentiels pour accéder au crédit et moderniser les flottes. Les transporteurs découvrent ainsi les outils nécessaires pour dialoguer efficacement avec les institutions financières.
3. Des contrats équitables, une sécurité juridique renforcée
La formation a introduit les fondamentaux de la contractualisation : lecture, rédaction, négociation des clauses, prévention des litiges. Une compétence cruciale dans un secteur où l’informalité expose quotidiennement les transporteurs à des pertes financières.
4. La sécurité routière et la maintenance comme pilier de durabilité
Les modules ont insisté sur l’entretien préventif, la conduite responsable et la réduction des pannes. Outre la sécurité humaine, ces pratiques améliorent la durée de vie des véhicules, réduisent la consommation et diminuent les émissions polluantes.
5. De l’individu isolé à la force collective
La formation a encouragé la constitution de GIE, l’adhésion syndicale et la coopération entre acteurs, renforçant ainsi la représentativité et la capacité de négociation du secteur à l’échelle régionale.
Des impacts mesurables à court, moyen et long termes
L’atelier a permis de clarifier les retombées attendues :
- À court terme, les participants acquièrent des compétences pratiques : maîtrise des coûts, compréhension des obligations légales, entretien régulier, meilleure anticipation des risques.
- À moyen terme, la rentabilité augmente, les litiges diminuent, les opérations se fluidifient et les véhicules sont mieux entretenus.
- À long terme, la profession se structure : organisations collectives plus solides, accès facilité au crédit, modernisation des flottes, contribution directe à la compétitivité des corridors régionaux.
Un levier d’intégration et de transformation économique
En formant des transporteurs, mais aussi des formateurs et des représentants institutionnels, le PAIRIAC adopte une approche systémique. Chaque pays bénéficiaire pourra répliquer le modèle, assurant un effet multiplicateur et une harmonisation progressive des pratiques dans l’espace CEEAC-CEMAC.
L’atelier de Douala apparaît ainsi comme un véritable laboratoire de professionnalisation :
- Il transforme des acteurs souvent marginalisés en entrepreneurs reconnus,
- Renforce la sécurité sur les routes,
- Réduit les coûts logistiques,
- Et contribue à la vision d’une Afrique centrale plus compétitive, plus sûre et plus intégrée.